Et si fantasmer ne voulait pas toujours dire “voir des images dans sa tête” ?
- Antoine Canat
- il y a 2 jours
- 2 min de lecture

On parle de plus en plus d’aphantasie, c’est-à-dire la difficulté, voire l’impossibilité, à produire volontairement des images mentales.
Certaines personnes, lorsqu’on leur demande d’imaginer une pomme, “voient” clairement une pomme. D’autres n’ont aucune image, mais savent pourtant très bien ce qu’est une pomme. Leur pensée ne passe simplement pas par le même canal.
En sexualité, cela pose une question intéressante : de quoi est fait un fantasme ?
On imagine souvent le fantasme comme une scène intérieure très visuelle. Pourtant, il peut aussi être fait de sensations, de mots, d’ambiances, de souvenirs, de tensions, de mouvements, de scénarios, de fragments émotionnels.
Le fantasme n’est donc pas seulement une image : c’est une manière pour le psychisme de mettre le désir en mouvement. Cette capacité à mobiliser un monde intérieur peut soutenir l’excitation. Elle permet d’anticiper, de colorer, d’intensifier, de donner une direction au désir.
Mais elle peut aussi, parfois, le focaliser.
Quand l’excitation dépend trop étroitement d’un scénario précis, d’une image précise, d’un type de situation ou d’un support unique, elle peut devenir moins disponible à ce qui se passe réellement : le corps, l’autre, la rencontre, l’imprévu.

La question n’est donc pas : “Est-ce que je fantasme normalement ?”
Mais plutôt : comment mon imaginaire participe-t-il à mon excitation ? Est-ce qu’il l’ouvre, l’enrichit, la soutient ? Ou est-ce qu’il finit parfois par la resserrer ?
En sexualité, il n’y a pas une seule façon d’imaginer. Il y a des paysages intérieurs très visuels, d’autres plus sensoriels, plus verbaux, plus corporels, plus émotionnels.
Et parfois, comprendre cela permet déjà de se sentir un peu moins “anormal”.
💡 Le tips du sexologue
Quand une excitation devient très focalisée, l’enjeu n’est pas forcément de la supprimer. Chercher à “interdire” brutalement un fantasme peut parfois produire l’effet inverse : plus on lutte contre une pensée, plus elle occupe de place.
Le travail consiste plutôt à élargir progressivement la carte érotique.
On peut partir du scénario habituel et se demander :
Qu’est-ce qui excite exactement dans cette scène ?Est-ce une sensation ? Une émotion ? Une position relationnelle ? Une impression de transgression ? Un sentiment d’être désiré, choisi, dominé, admiré, sécurisé, libéré ?
À partir de là, il devient parfois possible de déplacer l’excitation vers d’autres chemins :plus corporels, plus relationnels, plus sensoriels, plus narratifs, plus compatibles avec la liberté intérieure, le consentement et la sécurité.
L’objectif n’est pas de devenir quelqu’un d’autre. C’est de retrouver de la souplesse.



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